• Autrefois, l’Irlande connut une troupe de guerriers à nuls autres pareils. On les appelait les Fiana. Aucun jeune homme, aucune jeune fille ne pouvait prétendre s’y joindre sans démontrer sa valeur. Pour éprouver le candidat, on l’enterrait jusqu’à la taille et il devait s’y dégager tout en se protégeant avec son bouclier des javelots lancés contre lui par neuf guerriers. Ensuite il devait échapper à travers la forêt à une meute de poursuivants, sachant qu’il serait éliminé si, arrivé au but, sa peau nue portait une seule égratignure, si une branche avait dérangé sa coiffure, ou encore si un morceau de bois mort avait craqué sous son pied. Bien entendu on lui demandait de sauter plus haut que son front et de se couler sans toucher le sol sous une barre placée a hauteur de ses genoux, mais cela, c’est la moindre des choses. Enfin, il devait arracher une épine plantée dans son talon sans ralentir sa course.

    Si le candidat franchissait ces épreuves, il était admis à suivre l’entraînement qui, au bout de plusieurs années, ferait de lui un véritable Fiana. C’est dire si ce titre était recherché, et quel respect entourait ces guerriers.

    Ils avaient à leurs tête un roi, mais celui-ci, s’il disposait de quelques forteresses, n’avait pas de territoire. Aussi se mettait-il au service d’autres souverains, et en particulier le Haut-roi d’Irlande, qui siégeait dans la cité de Tara.

    A la belle saison, les Fiana vivaient dans la forêt, se nourrissaient du produit de leur chasse. L’hiver, ils se répartissaient dans les maisons qui voulaient bien les accueillir, et il n’en manquaient pas, car chacun se disputait l’honneur de loger l’un d’entre eux.

    Au moment où cette histoire commence le roi de Fiana se nommait Cumhall. Lors d’un séjour a Tara, il remarqua Dans l’entourage du Haut-roi, Conn aux cent batailles, une jeune fille d’une grande beauté. A peine croisa-t-il son regard qu’il éprouva pour elle la plus dévorante passion.
    Il se renseigna aussitôt sur l’identité de la belle ; elle se nommait Muirné, et était la fille du druide Tagd. Le lendemain matin Cumhall s’en fut demander la main de la jeune fille a son père. Tagd refusa tout net, jugeant Cumhall, malgré ses talents de guerrier, indigne de sa fille. Il faut dire que, parmi ses ancêtres, Muirné comptait Nuada, le roi des Tribus de Dana, ainsi qu’Eithné, la mère de Lug.

    Evidemment Cumhall ne pouvait prévaloir une lignée aussi prestigieuse et ce fut la raison pour laquelle Tagd refusa la main de sa fille à Cumhall.
    Contrarié dans ses amours et vexé par le motif du refus, Cumhall décida que, puisqu’il n’obtenait pas l’accord paternel, il s’en passerait. Il enleva Muirné, ce qui, ne déplut pas du tout a la jeune fille : Cumhall était plutôt beau gosse, et cela compensait largement a ses yeux la banalité de ses aïeux. Tagd en revanche prit mal la chose. Il alla se plaindre à Conn. Le Haut-roi d’Irlande ne plaisantait pas avec le devoir, surtout quand l’offensé était un druide Il appela aussitôt Aed son meilleur capitaine et lui demanda de ramener Cumhall pour le juger.
    Aed réunit toute une armée car il savait que les Fiana ne consentiraient jamais à le laisser s’emparer de leur roi. La rencontre eut lieu dans la plaine de Cnucha. Aed alignait dix fois plus d’hommes que son adversaire, mais cela n’effrayait nullement les Fiana. Les deux chefs s’avancèrent l’un vers l’autre pour parlementer :
    - Il ne t’arrivera rien, annonça Aed, si tu renvoies Muirné a son père et si tu te rends, seul et sans armes à Tara pour implorer la clémence du Haut-roi.
    - Il ne t’arrivera rien, répliqua Cumhall, si tu tournes bride et déguerpis immédiatement.

    A ces mots, le deux troupes se ruèrent l’une sur l’autre. Le choc fut terrible, et sa rumeur parvint à tous les confins de l’île, telle le grondement de tonnerre. Les Fiana se battaient à un contre dix. Dans la mêlée, Aed perdit un œil, ce qui le rendit encore plus furieux envers Cumhall. Malgré sa vaillance Cumhall, cerné de toutes parts, succomba sous les coups de ses ennemis. Les Fiana, voyant leur chef tomber, s’enfuirent dans la forêt voisine où Aed n’ose pas les poursuivre.
    Muirné regagna, le cœur lourd, le foyer paternel. Neuf mois plus tard elle donna naissance a un enfant qu’elle appela Demné, « le daim ». Ce nom évoquait pour elle la forêt où elle connut un bonheur trop bref.
    Hélas, elle apprit que Aed s’était promis de tuer Demné, pour éteindre la lignée de son adversaire et se venger ainsi de la perte de mon œil. Aussi confia-t-elle l’enfant a sa propre nourrice, la druidesse Bodhmal.

    Certains racontent que Bodhmal cacha l’enfant pendant cinq années dans le tronc d’un chêne. Peut-être. Ca qui est sûr, en revanche, c’est qu’elle dispensa au jeune Demné son amour et ses connaissances, et fut assez adroite pour échapper à toutes les poursuites d’Aed et de son clan.
    Quand Demné eut atteint l’âge où les garçons acquièrent le métier des armes, Bodhmal l’envoya chez le forgeron Luachair. Celui-ci fabriqua son épée, sa lance, les ferrures de son bouclier et lui apprit a s’en servir. Demné se montra assez bon élève pour oser bientôt s’attaquer a un gigantesque sanglier qui terrorisait la région. Quand il rapporta la tête du monstre Luachair lui dit :
    - Pour toi le temps de l’errance est venu. Des exploits tels que celui-ci ne manqueront pas d’asseoir ta réputation. Or, attirer l’attention est la dernière chose a faire quand on se cache. Mais le sang des héros coule dans tes veines, aussi tu ne pourras t’en empêcher.
    - Je vais partir a la recherche des Fiana qui ont survécu à la bataille de Cnucha. Ensuite, Aed et son clan devront redouter ma colère !
    Lauchair secoua la tête :
    - Je t’ai montré comment te servir d’une épée tu dois encore apprendre a t’en servir a bon escient. Pour cela, va d’abord parfaire ton éducation chez le maître des druides, Fingol.
    Demné rassembla ses affaires. Au moment de partir, Luachair le rappela :
    - Fais taire la haine qui est en toi. Aed défendait la loi que ton père avait bafouée ; voilà pourquoi les Fiana ont été vaincus.
    - Je ne suis pas d’accord. L’amour de que parents éprouvaient l’un pour l’autre Les plaçait au-dessus de cette prétendue justice.
    - Peut-être as-tu raison. Si ta loi est de préférer l’amour et l’équité à l’obéissance, suis-la. Mais garde toi de l’oublier un jour. Grâce à toiles Fiana peuvent retrouver leur gloire d’autrefois. Veille cependant à toujours les mettre au service d’une juste cause. Et méfie-toi de toi-même : tu est le descendant du dieu Lug mais aussi de Balor.
    Demné remonta vers le nord, à la recherche de la clairière où Fingol dispensait son enseignement. Comme il suivait le cours d’une rivière, il le rencontrât entrain d’essayer de pêcher le saumon de la connaissance.
    Et c’est ainsi que Fingol accepta Demné comme disciple. Pendant trois ans, Demné apprit de son maître les milliers de vers au moyens desquels les druides se transmettent leur savoir de génération en génération. Le barde Cathern lui enseigna également comment manier une arme bien plus puissante que le fer ou le feu : la parole.

    Un matin, on entendit un cri, du côté de la rivière. Aussitôt après Fingol vint avec un gros poisson sous le bras.
    - C’est lui ! c’est Fintan, le saumon de la connaissance. Je l’ai enfin attrapé. Vite, Demné, prépare un feu ! Ce poisson est la créature la plus ancienne de l’univers. Celui qui consommera sa chair partagera tous ses secrets.
    Mais hélas pour Fingol, une ampoule se forma sur le flanc du poisson. La peau se creva, et un jet de graisse brûlante fut projeté sur le pouce de Demné. Celui-ci le lécha pour apaiser la douleurs.

    Fingol aperçut ce geste et comprit que le poisson de la connaissance avait choisit Demné pour transmettre tous ses secrets. Demné mangea la chair du poisson et par après Fingol décida de le renommer. Finn fut son nouveau nom et a partir de cet instant Finn fut imprégné de connaissances.
    Finn reprit la route, décidé à mettre a exécution son projet : restaurer la gloire des Fiana. Après leur défaite, ils avaient trouvé refuge dans le Connaught. Regroupés autour de Crimall, le frère de Cumhall, ils s’y étaient enfoncés pour ne plus jamais reparaître. C’est la que Finn se rendit.
    La forêt était profonde, et les Fiana plus habiles à s’y cacher que des chevreuils. Malgré sa sagacité Finn ne les aurais jamais débusqués, si Crimall, distinguant sur le visage du jeune homme les traits de son frère, ne l’avait laissé les découvrir.

    Crimall fut séduit par ce neveu en qui il retrouvait l’ardeur de sa race, tempérée par la sagesse druidique. En revanche Finn était plutôt déçu de ce qu’il voyait : il avait si souvent rêvé à ses fabuleux guerriers ! Hélas ! Depuis le temps qu’ils se terraient dans les bois, sans plus recruter de nouveaux adeptes, ils n’étaient qu’un ramassis d’hommes usés, aux articulations craquantes, au forces déclinantes.
    Crimall entraîna son neveu au pied d’un vieux chêne au tronc crevassé qui supplantait par sa taille et sa majesté tous les autres arbres de la forêt.

    Entre ses racines Crimall déterra une lance. Une peau de cerf enveloppait sa pointe.
    - Elle appartenait à ton père, expliqua Crimall. Non ! Ne découvre pas son fer, car sa magie est puissante. Pendant que tu cheminais vers nous, as-tu entendu parler d’Aillen ?
    Finn hocha la tête. Depuis quelques années, à Tara, on ne voyait pas s’approcher Samain sans inquiétude. Ce soir-là, en effet, un être maléfique nommé Aillen, surgissait de l’Autre Monde. Sur la harpe du dieu Dagda, il jouait l’air du sommeil. Dès que tous les hommes dormaient, ce qui ne tardait guère, Aillen incendiait les greniers de la ville.
    - Conn a promis une récompense à qui délivrerait Tara de ce fléau, précisa Crimall. Jusqu’à présent, tous ont échoué. Puisse cette lance t’aider à y parvenir ! Alors Conn ne pourra rien te refuser.

    Quelle ne fut pas la surprise du Haut-roi quand il vit venir à lui cette troupe dépenaillée, à la tête de laquelle marchait un jeune homme qui ressemblait trait pour trait a un rebelle qui avait jadis défié son autorité. Finn lui demanda de prendre la garde pour le soir en espérant vaincre Aillen, ce qu’il fit grâce a la magie de la lance de son père. Mais cette magie n’était pas celle que pensait Finn quand il retira la peau qui couvrait le fer de sa lance un grande puanteur s’en dégagea tellement grande qu’il ne s’endormit pas et au prix d’un rude combat le vainquit. Et le Haut-roi, Conn, dut accepter la requête de Finn et l’honneur des Fiana futsauf etla forteresse de son père que Aed avait prise lui fut rendue.
    Ainsi Finn succéda-t-il à son père à la tête des Fiana, qui retrouvèrent bientôt leur gloire d’autrefois.



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